Le Fils Raymond

Dead

j’aurais tenté le coup une dernière fois, mais il faut savoir se rendre à l’évidence, tenir un blog de ce type ne correspond pas à mon rythme de travail et même avec une énorme motivation, je ne dispose pas du temps nécessaire pour nourrir cette idée de façon régulière. Donc ça sert à rien. Par contre, je garde l’idée de Sang Couleur bien au chaud, ça pourrais faire un bon livre, voir même inspirer l’écriture d’une bande dessinée. Pour l’heure, je termine ma vague de dessins enclenchée depuis juin sur un projet de livre illustré avec Damien Pérez. Sang Couleur sera remplacé une fois que je serais prêt par un site internet classique et complet,  remplit de nombreuses réalisations, avec en plus une partie blog malgré tout, mais cette fois plus souple. Sans la contrainte d’une histoire à raconter. Juste quelque chose d’informatif, parfois en image, parfois sans.

Au fond du jardin

Je ne peux plus retirer de liquide. J’ai vendu une bonne vingtaine de bandes dessinées pour pouvoir aller dans les bars, car j’ai un weekend de cuite en perspective et un rencard avec Hélène. Et puis « Mobylette » s’est fait coupé en deux par une voiture ce matin. Je vais l’enterrer au fond du jardin. J’ai creusé deux trous. Un pour le chat et l’autre pour Lucie.

Timbre poste

La clope fumante posée dans le cendrier dessine des auréoles abstraites. C’est comme avec les nuages, des formes apparaissent et l’on s’amuse à trouver un visage.

Au café de la gare, la terrasse est pleine et je regarde les gens. Je suis content car d’un coup de langue rapide je ferme l’enveloppe contenant ma lettre de démission. Je me sens léger, la dimension agréable d’une future liberté. Signée et tamponnée, prête à se faire peser. Quatre vingt kilos de mauvaise conscience aplatis sur quelques grammes de papier blanc ; ça coûte pas cher la Poste.

Hydrophobie

Il pleut beaucoup ce soir, et je n’ai pas de parapluie. Je n’en ai jamais eu. Comme s’il fallait toujours que je vive à découvert, quitte à prendre des grêlons sur la gueule. Trente ans d’emmerdes et quelques billets en poche, c’est avec ça que j’entre au bar. L’alcool fait son taf, je m’acquitte de mes soucis le temps d’un moment. Je suis un cowboy, l’agréable état rock’n’roll. Dehors c’est la clope, le rendez-vous des gens cools, le bal tordu des bobos énervants.

Je me mélange et je parle fort, je raconte des choses sans intérêt, comme tout le monde. Et puis je fais la connaissance d’Hélène. J’espère que ça m’occupera les prochains jours.

La pluie que j’avais oubliée m’agresse à nouveau, et le visage de Lucie aussi. Pour le moment, c’est une fin de soirée solitaire et titubante. Demain, j’irai m’acheter un couteau.

Social Coma

Un vent beaucoup trop glacé pour la saison me tord le bide, et je tourne le dos à la réalité. Le mitard social : plus qu’une nuit à passer au foyer avant les trois prochaines astreintes ; mais déjà cinq rapports de fugues rédigés, un vol de clés, un éducateur agressé physiquement au visage et un coma éthylique. Pas moins de trois heures de sommeil cumulées sur deux jours. Bien sûr, ces pauvres gamins n’ont pas demandé à venir au monde. Mais moi non plus. Il est maintenant seize heures passées et je reste lourdement enclumé dans mon jardin. Je pense à beaucoup de choses.

Puis je m’enfonce. Ce boulot me fatigue, j’ai envie de dormir. Lucie n’a jamais répondu à mes invitations. Je déposerais ma démission lundi prochain.

Snakes in the city